Discours : comment éviter le faux pas de Valérie Pécresse ?

23/06/2022
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Comment captiver votre public avec aisance ?
Lors d’un discours, pour que la magie opère, la première chose à faire est vous détacher le plus possible de ce que vous avez à dire ! Oui... mais comment faire ? Sans doute pas comme la candidate Les Républicains dont la posture caricaturale a transformé un discours de campagne en cas d’école.

En amont de votre discours, préparez autant que besoin votre message : progression logique du propos, choix des mots, formules rhétoriques, mémorisation… Ensuite, observez les orateurs de talent comme Barack Obama : leur attention se tourne vers ceux qui les écoutent. Leur énergie se mobilise vers et en fonction de leur public. Si au contraire, votre pensée est tournée vers vous-même, vous risquez de rater votre objectif.

Sur scène, penser à votre discours ou la manière dont vous avez prévu de parler ou bouger, c’est l’assurance de vous déconnecter de votre public. Comme un musicien qui n’aurait pas accordé son violon : vous connaissez la musique, les passages techniques s’enchainent sans erreur. Mais c’est désagréable à écouter. Le public ressent gêne ou pitié. Il est soulagé quand c’est fini, il applaudit poliment et s’empresse d’oublier ce qui s’est passé.

C’est ce qui est arrivé à Valérie Pécresse au Zenith de Paris lors de son discours d’entrée en campagne pour les élections présidentielles 2022. De toute évidence, elle arrive très préparée, après avoir sans doute suivi un entraînement pour l’occasion. Mais son discours sonne faux.

Histoire d’un discours surjoué

Mue par la peur de rater son entrée en campagne, elle se concentre sur son expression, et ça se voit. Pire, ça se ressent. Pendant tout son discours, elle applique scolairement les recettes apprises. Les silences sont trop longs, ses expressions sont figées; les gestes sont mimés. Par exemple, au moment où elle se tourne vers sa famille et ses amis en les nommant, elle pense à sourire, mais ce sourire est surjoué. Le public ne ressent pas l’émotion qui devrait s’exprimer à ce moment-là. Tout simplement parce qu’elle ne la vit pas…

Discours : place aux émotions

Autre exemple avec les tentatives de Valérie Pécresse pour déclencher les applaudissements – passage obligé d’un meeting politique qui doit apparaître comme un moment de communication avec la foule. Des montées rythmiques d’énergie suivies d’un silence servent à ça. Or, Valérie Pécresse ne se laisse pas toucher par ce qu’elle dit, ni par ce qui se passe. Les émotions authentiques sont absentes de cette prise de parole Elle reste concentrée sur son texte et ses effets. La foule ne ressent pas qu’elle devrait applaudir à ce moment-là, même si elle le comprend. Les applaudissements arrivent en retard, à contretemps, et ne sont pas nourris. Des partisans quittent la salle.

Enfin, écoutez sa voix, plus grave qu’à son habitude. Certes, on dit qu’une voix grave a davantage d’autorité, et Valérie Pécresse cherche à en jouer. Ce jour-là, le public entend qu’elle force sa voix, au lieu de ressentir son autorité. Les commentaires qui suivent portent davantage sur la forme que sur le fond de son discours. Le contraire de ce que cherche à faire un orateur : convaincre.

Pour convaincre, écoutez votre public !

Ces phénomènes arrivent souvent à tous les orateurs qui restent concentrés sur leurs moyens d’expression quand ils parlent. Ils émettent, certes. Mais leur cerveau n’est pas disponible pour recevoir. Ils négligent d’écouter comment le public les écoute. Ils ne s’adaptent pas (aux applaudissements, aux silences, aux rires) et les émotions vécues ne sont pas celles qu’ils cherchent à transmettre. Ils ne s’occupent pas de la relation. Et le discours sonne creux. Pire, il sonne faux.

Laissez-vous toucher et montrez les émotions qui vous traversent, sans les anticiper. Si ce que vous dites est vécu sincèrement, vous n’aurez pas à vous forcer. Pour tromper votre cerveau qui vous dit « comment ne pas penser à mon discours alors que je suis en train de le dire ! », utilisez les silences pour focaliser votre attention sur le public, et interagissez émotionnellement avec lui. C’est la clef.

 

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Comédien, clown et consultant pour Pitch361